Par Sébastien MURER, Portfolio Manager chez DAM


SITUATION  POSITIVE EN EUROPE, QUID DES VALORISATIONS ?

Marchés financiers

Le rallye du mois de septembre s’est poursuivi en octobre, ainsi l’EUROSTOXX 50 tout comme le SP500 s’adjuge un peu plus de 2% sur le mois, le marché le plus profitable du mois est le NIKKEI avec une appréciation de plus de 8% (Ce dernier bénéficiant notamment de records aux niveaux des résultats d’entreprises, ainsi que la reconduction du gouvernement actuel).  Au niveau européen la hausse s’explique en grande partie par le fait que les marchés financiers ont grandement apprécié l’allocution de M. DRAGHI, ce dernier a rassuré les marchés en écartant clairement toute hausse de taux avant le deuxième semestre 2019. De plus, le Président de la BCE a indiqué que les obligations arrivant à échéance seront réinvesties ce qui aura pour conséquence dans un premier temps de garder l’énorme bilan de la BCE au même niveau et ce durant le temps nécessaire à un redémarrage suffisant de l’inflation. Ces deux annonces ont permis aux marchés financiers européens d’inscrire de nouveaux plus hauts, hormis l’Espagne sur laquelle nous reviendrons plus loin. Dans ce contexte la situation en Europe est donc particulièrement porteuse avec des indicateurs avancés de bonne facture et une BCE qui reste très accommodante. Nous pensons cependant que nous avons fait une grande partie de la hausse et qu’il faudra faire preuve de beaucoup de discrimination dans les mois à venir.

Espagne

Le marché qui reste pour sa part plutôt en retrait est le marché espagnol pénalisé par les envies d’indépendance de la Catalogne matérialisées par le gouvernement de M. PUIGDEMONT. Ainsi Les indépendantistes ont été au bout de leur idée et contre l’avis du gouvernement madrilène ont organisé un vote pour l’indépendance de la région catalane. Pendant que le gouvernement de M. PUIGDEMONT œuvrait à son indépendance, M.RAJOY plaidait la cause de l’Espagne auprès du Sénat et obtenait l’autorisation de l’application de l’art. 155 visant à retirer toute autonomie à la Catalogne. Dans ce contexte de guerre des mots entre Barcelone et Madrid, la bourse espagnole a encore accentué son retard sur les autres bourses européennes. Même si il est clair que l’indépendance de la Catalogne ne sera pas acceptée, la fracture sociale pourrait avoir de graves conséquences économiques sur le PIB espagnole si la situation devait s’envenimer encore davantage. Pour notre part nous ne croyons pas en une escalade de la violence entre Barcelone et Madrid et pensons que la situation offre une opportunité de rattrapage sur l’indice espagnol. En effet ce dernier s’inscrit à plus de cinq pourcent en dessous de son plus haut annuel à l’inverse des autres indices européens qui enchaînent les records.

Devises

Sur le front des devises, la parité EUR/USD est fortement corrélée au différentiel de taux 2 ans entre l’Europe et les Etats Unis, ainsi lorsque M. DRAGHI a indiqué que les taux n’augmenteraient pas avant le deuxième semestre 2019, l’EUR a décroché face à l’USD confirmant notre scénario d’une réappréciation de l’USD face à l’EUR d’ici la fin de l’année calendaire. Notre objectif de vente de l’USD reste inchangé à 1.15, cet objectif pourrait être atteint plus ou moins rapidement en fonction de la capacité du gouvernement TRUMP à faire passer tout ou partie de sa réforme fiscale. Cependant à plus long terme (fin S1 2018) la politique accommodante de la BCE et les bons chiffres de la croissance Européennes devraient permettre à l’Europe de poursuivre et d’accentuer sa reprise ce qui poussera l’EUR à la hausse face à l’USD. Les indicateurs de Parité Pouvoir d’achat indiquent une zone d’équilibre autour de 1.23-1.25. Du côté des autres devises nous pensons toujours que la NOK et la SEK se traitent en dessous de la valeur réelle. D’un point de vue plus tactique la Livre Turque (TRY) semble avoir été pénalisée bien au-delà de ce qu’indiquent ces fondamentaux.

Taux

Le discours de M.DRAGHI couplé à la possibilité de voir la réforme fiscale US aboutir a conduit le différentiel de taux entre 10 ans américain et 10 ans allemand à plus de 200 points de base. Nous pensons que dans les années à venir ce différentiel devrait normalement se réduire si le différentiel de croissance se met à pencher clairement du côté européen. Au-delà de ce différentiel, cela implique que le risque obligataire européen devient clairement asymétrique, les resserrements de spread ne devraient plus compenser à compter de 2018 les faibles rendements sur l’obligataire. Il reste peut être des possibilités de gratter un peu de rendement en participant aux émissions primaires IG mais également via un bond picking de qualité sur des sociétés HY susceptibles d’être réévaluées.

LEXIQUE

* Parité pouvoir d’achat:

La parité de pouvoir d’achat (PPA) est un taux de conversion monétaire qui permet d’exprimer dans une unité commune les pouvoirs d’achat des différentes monnaies. Ce taux exprime le rapport entre la quantité d’unités monétaires nécessaire dans des pays différents pour se procurer le même « panier » de biens et de services.

Ce taux de conversion peut être différent du « taux de change » ; en effet, le taux de change d’une monnaie par rapport à une autre reflète leurs valeurs réciproques sur les marchés financiers internationaux et non leurs valeurs intrinsèques pour un consommateur.

Source : INSEE, DAM

Allocations d’actifs

Espagne

Nous avons pour notre part depuis quelques semaines initié un achat sur un ETF jouant deux fois la hausse de l’IBEX 35, nous estimons que cet ETF pourrait encore progresser de 7-8 % d’ici la fin de l’année.

Devises

Pour apporter de la diversification dans un portefeuille, nous pensons que l’achat de NOK et SEK reste très positif.  Nous prônons également l’achat d’obligations libellés en devises émergentes avec des rendements élevés, nous pensons notamment aux EIB en livre turque et en peso mexicain avec une maturité à 3-4 ans.

Préférer les fonds « market neutral » pour préparer 2018.

Avec une valorisation des marchés financiers qui est devenue plus importante ces derniers mois, les indices boursiers sont proches de leur plus haut historique, dans ce contexte nous conseillons d’être acheteur de fonds de stock picking (fonds qui investissent dans des valeurs dont la valorisation est en retard par rapport aux autres actifs) et de neutraliser le risque du marché en vendant l’indice de référence du fonds.